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2006 année Mozart… que de symphonies, de concertos, de messes, d’opéras mêmes ne vont-ils pas être joués au fil de tous les festivals… Pour nous, qui, en cette fin d’automne, avons le nôtre, au terme d’une année si mozartienne, il nous fallait autre chose.
Cet « autre chose » nous fut proposé tout d’abord par Peter Philipps et The Tallis Scolars qui sont déjà venus par trois fois et nous ont donné des concerts inoubliables en 90, 92 et 96. Dans une quête passionnante, ils nous font découvrir quels auteurs des 15ème au 17ème siècles auraient pu être, ou furent, les origines, les sources conscientes ou inconscientes où s’abreuva le génie de Mozart, « Mozart’s Roots », les « racines » de Mozart… Heinrich Isaac (1450-1517) à Heinrich Schütz (1585-1672) : "ses inspirateurs".
Avec le Concerto Köln, ensemble instrumental internationalement connu, familier des plus grands festivals, nous avons la meilleure référence possible du répertoire des 17ème et 18ème siècles. Ce 18ème siècle qui fut celui, justement, de Mozart et de ses amis. De ceux-ci, Concerto Köln retient tout d’abord la personnalité de Johann Christian Bach qui eut deux fois l’occasion de rencontrer Mozart, à Londres en 1764, puis à Paris en 1778. Son style d’apparente légèreté, de grâce et d’élégance eut sur Mozart une influence certaine.
De Franz Xaver Richter qui fut un des maîtres de la célèbre école de Mannheim, soulignons que durant 20 ans (1769-1789) il occupa le poste de Maître de Chapelle à la cathédrale de Strasbourg. Un de ses élèves fut Joseph Martin Kraus dont nous entendrons la symphonie en do mineur. Peut-être y retrouverons nous quelques traits mozartiens…
Mozart, mystère du génie. Du bambin de 4 ans capable de rejouer parfaitement un menuet entendu une demi-heure plus tôt, à l’homme de 35 ans, malade, épuisé, dont l’ultime demeure fut la fosse commune, mais laissant à l’humanité d’immortels chefs-d’œuvre et dont la dernière création à quelques jours de sa mort, fut une « Eloge de l’Amitié »…
Que Peter Philipps ait inscrit Heinrich Isaac parmi les « racines » qu’il prête à Mozart, montre bien toute l’importance qu’a pu avoir à travers les siècles, la musique de la Renaissance et, en particulier, celle des compositeurs franco-flamands qui l’ont si profondément marquée.
Les ouvertures vers cette riche époque que le Festival a recherchées depuis plusieurs années – Huelgas Ensemble, Odhecaton, Orchestre de la Renaissance…- furent autant de flamboyantes révélations : visages de la polyphonie, Missa la Spagna, Couronnement de Charles Quint… et ce n’est donc pas tout à fait un hasard si une part importante de notre programmation lui est consacrée !
Doulce Mémoire, son chef, Denis Raisin-Dadre, et ses musiciens, cultivent deux grandes passions : celle de la Renaissance et celle de la voix. « Qui ne s’en était pas aperçu ? qui ne se souvient, entre autres, de leur éblouissante reconstitution des funérailles de Henri IV ?... Grande Histoire, grande Musique !
Ils nous restituent aujourd’hui une Messe à la Chapelle de l’empereur Rudolf II à Prague, au 16e siècle. Prague, capitale du Saint-Empire.
Evénement musical, projet franco-tchèque de coopération artistique européenne, fruit de recherches et de collaboration qui se concrétise in fine par la rencontre des musiciens intrumentistes de Doulce Mémoire et de huit chanteurs solistes tchèques.
Odhecaton, ce fut pour nous, en 2002, la découverte des dix voix d’hommes de cet ensemble italien que dirige Paolo da Col, d’une vocalité surprenante, à l’intensité émotionnelle rare.
Leur programme cette année est extrait d’un recueil de motets édité à Venise en 1503 par Ottaviano Petrucci. Leurs compositeurs, Josquin Desprez en tête, sont tous franco-flamands ; illustration de cette étonnante aventure musicale de la Renaissance : la migration, aux 15e et 16e siècles, vers les cours, vers les chapelles princières et royales d’Europe Centrale, de France, d’Italie surtout, de ces très renommés « musiciens du Nord » dont la notoriété s’était, par-delà les frontières – très largement répandue. Toutes ces œuvres sont placées sous le thème de la Passion du Christ.
On y retrouvera, en subtile osmose, l’expression profonde et grave de la foi nordique, et celle plus italienne d’un « humanisme d’inspiration franciscaine. »
Et puis, une surprise, une voix… une voix extraordinaire, poignante, intemporelle… une voix qu’il est impossible d’oublier…
De ces incursions en terres de Renaissance, nous avons ramené quelques joyaux de musique sacrée : messe, motets de la Passion à la Vierge…, mais il aurait manqué de n’y pas trouver ce qui, si souvent, inspira cette musique d’église : la chanson populaire ou profane.
C’est ce que nous propose l’Obsidienne, dans un programme où nous retrouvons d’ailleurs Jacob Obrecht, Compère, Gilles Binchois, programme qui n’est pas sans rappeler les rondeaux, virelais, ballades qu’ont perpétués les traditions populaires.
Le "temps jadis" n’est pas si loin… Ajoutons que les musiciens d’Emmanuel Bonnardot, chanteurs aussi bien qu’instrumentistes, disposent d’un instrumentarium impressionnant – vielles, tambourins, rebec… qu’il est bien agréable de réentendre en de si expertes mains.
Claudio Cavina n’est pas un inconnu au Festival. Il y vint en 1996, avec le Concerto Italiano et… Monteverdi. C’est avec son ensemble, la Venexiana, qu’il nous offre cette année, des extraits d’œuvres parmi les plus belles du maître vénitien : madrigaux tirés de son « septième livre » comme « Tempo la Cetra » et « Con che soavité », ces madrigaux que Monteverdi a porté magistralement a des sommets de sensibilité et de dramaturgie. Ainsi seront le célèbre « Lamento di Arianna » et le « Combattimento di Tancredi et Clorinda ».
La Venexiana apporte à leur interprétation la vitalité, la théâtralité d’une culture italienne revendiquée. Les récompenses reçues pour leur discographie, leur donnent raison : Diapason d’Or, Prix Cecilia, Gramophone Award, Grand Prix du disque en 2003, Choc de l’année 2005.